-Pourquoi ils ont dit non? Je comprend pas, on est pas des délinquants à ce que je sache?!
Lucie est en train de pester contre l'administration qui nous a refusé un changement de classe. Apparemment, tout est organisé de manière précise et c'est ainsi, pas autrement. Alors nous quittons la salle, un peu pris au dépourvu. Tous nos espoirs de passer l'année ensemble viennent d'être réduit à néant. Et Lucie en est affreusement contrariée. Seule une nouvelle merveilleuse pourrait la faire changer d'humeur. Alors qu'elle pianotait sur son portable, elle se stop au beau milieu de la cour. Je butte contre elle, m'excusant puis la questionnant sur sa réaction.
-Tu sais ce qu'il y a demain? A midi, au Virgin?
-Euh... non, quoi?
-Une séance de dédicace!
Elle se met à sautiller sur place, poussant de petits cris aigus sans que je puisse la calmer.
-Mais de qui, je l'interroge?
-De... EUX!
-Eux... Eux, "eux" tu veux dire?
-Oui, hurle-t-elle!
J'ouvre les yeux comme des soucoupes avant de me mettre à sauter avec elle. Nous nous tenons les mains et pillons de contentement. Magnifique, merveilleux, tout simplement parfait!! Les Tokio Hotel viennent dans notre ville! Là est tout l'avantage de vivre dans la Capitale de leur pays d'origine.
La suite de la journée fût plus calme, puisque l'après-midi, nous étions libérés. Lucie est donc venue à la maison et nous avons fait des crêpes, une de nos activités favorites avec le shopping. On s'est amusés à en confectionner de toutes les tailles, de toutes les formes et avec toutes les garnitures que mon placard nous permettait de réaliser. Et maintenant qu'elle est partie, je me dirige vers la salle-de-bain pour trouver un anti-vomitif. J'ai beaucoup trop mangé, je me sens prêt à exploser. Enfin, ça va passer avec les cachets. Je les regarde, ces petites pillules blanches au creux de ma paume. Je ne suis même pas sûr de pouvoir l'avaler. Mais je me force à l'enfourner et bois une gorgée d'eau. Mon estomac émet un drôle de bruit qui me fait mi-rire, mi-bizarre. Mon lit, je dois atteindre mon lit. Je me dirige lentement vers ma chambre et m'affale sur le matelas, le ventre vers le plafond bien sûr. Un poster de Tom et de sa guitare surplombe mon nid douillet. Il est beau, magnifique... J'en oublierais presque mon mal de ventre. Ce soir, je ne mangerais rien. Je vais me coucher d'ailleurs. Il est déjà 21h45. Je me déshabille nonchalamment et me glisse dans les couvertures. Bonne nuit les gars!
Mon téléphone sonne et me détruit les tympans de sa musique de sauvage. Bon Sang, Lucie a encore changé ma sonnerie. Elle arrive pas à comprendre que je n'aime pas
System Of a Down. Je décroche avant de devenir sourd et gromelle un "allô" ensommeillé.
-T'es prêt Samy?
Quand on parle du loup...
-Lucie... tu me réveille. Il est à peine sept heure espèce de tarée!
-Mais on doit arriver en avance devant le
Virgin Mégastore! Sinon on passera en dernier ou même pas du tout. Bouge-toi! Je t'attend à notre Station de métro habituelle.
-Hmm, okay. Je serais là dans trois quarts d'heure.
-Bisou.
Je raccroche et me lève lourdement. Est-ce vraiment nécessaire de le faire si tôt? Lucie a toujours raison. Courage! Je me dirige vers ma salle de bain et prend une douche rapide mais revigorant. Je retourne ensuite dans ma chambre, une serviette autour de la taille, allumant au passage mon ordinateur portable. Alors, boxer j'ai. Chaussettes, j'ai. Jean je... j'hésite. Le noir, le blanc ou le violet? Je choisis de fermer les yeux et de piocher au hasard pour finalement prendre le
bleu marine. Je l'enfile et farfouille maintenant à la recherche d'un tee-shirt. J'opte pour un simple
polo blanc. J'enfile ma
chaînette autour de mon cou, ma
gourmette et commence ma séance de maquillage, bordant mes yeux bleus de noir. Ca les fais ressortir. Ensuite, fer à lisser que je passe sur ma frange décolorée qui s'arrête juste au niveau de mes sourcils. C'est la seule partie de mes cheveux qui soit blonde. Le reste de ma chevelure est brun foncé, quasiment noir. Je trouve ça original. Bon, ça devrait aller. Je me saisis de mon perfecto en cuir râpé tant il a vécu, de mon portable, de mes clés et de mon album "Zimmer483". Je glisse les trois derniers dans une sacoche costumisée par mes soins avec des pims et de la peinture pour tissus et quitte enfin la maison. J'ai mon ticket de bus? Ah oui, dans mon porte-feuille. Mais j'ai pas pris mon porte-feuille...
[...]
Nous parvenons devant la médiathèque. Il y a déjà une queue qui s'étend sur la moitié de la longue avenue commerçante. Mais depuis quelle heure ils sont là? On se place tout au bout. Lucie peste contre ma lenteur. Je me ferais presque insulter pour avoir pris soin de mon apparence. Mais on ne voit pas les Tokio Hotel tout les 36 du mois.
-Je veux faire bonne impression.
-Tsss, j'te déteste. On va attendre des plombes par ta faute. Je voulais être la première à faire la bise à Georg.
Des étoiles apparaissent dans ses yeux. Elle carrément dingue du bassiste. Je ne m'en plains pas, du moment qu'elle me laisse les jumeaux.
-Hey, s'écrit-elle, me faisant sursauter! J'ai une idée, on va faire un jeu. Et si tu perd, je te donne un gage.
-Pourquoi est-ce que tu es si sûre que c'est moi qui vais perdre?
-J'en suis pas sûre, qu'est-ce que tu dis.
-Ben tu ne dis pas "le perdant aura un gage" mais "si tu perds, je te...
-Oh tu vas pas chipoter! Allez, on joue. Ca nous fera passer le temps.
-Okay, et c'est quoi ton jeu?
-Hmm... On va jouer à "pierre-papier-ciseau".
-Okay. En combien de manche?
-On a bien le temps d'en faire 15.
Et la partie débute. Les portes se sont ouvertes, il est enfin midi. Et j'ai perdu la partie depuis longtemps. Je suis complètement nul dans les jeux de hasard comme ça. Et mon gage... Vous le découvrirez bien assez tôt. Lucie est toute excitée, les gens se ruent à l'intérieur dans le vain espoir d'être plus rapidement à l'intérieur. Mais la foule est telle que le temps paraitra long quand même.
12h56, nous sommes juste devant les portes. Mes mains sont moites, j'arrive à les distinguer d'ici. Vive mes 1m78, je dépasse toutes les minettes de 15 ans présentes devant moi. Gustav a la tête nue et porte ses lunettes de vue. Je le trouve vraiment très classe comme ça. Sa chemise noire lui donne un certain sex-appeal. Georg, comme à son habitude, les muscles saillants dans son tee-shirt gris foncés, les cheveux parfaitement lisses qui lui tombent devant les yeux quand il se baisse vers la feuille de papier ou le poster qu'il doit signé. Plutôt sexy. Viens ensuite le premier Dieu. Ses longues dreads blondes foncés serrées dans un vieil élastique, une casquette rouge, un long haut XXL et un sourire sublime, attractif. Il est sublime. Et enfin Bill, les cheveux aussi lisses que son acolyte, un tee-shirt moulant de couleur noir. Il sourit lui aussi et discute même avec les gens d'après ce que je peux voir. Il est fantastique. Je serre au fond de ma poche un petit bout de papier ridicule. C'est bientôt à nous, les vigiles nous passent au laser et nous pouvons finalement entrer, nous avançant tranquillement vers la longue table où sont installés nos idoles. Je souffle bruyamment, tentant de me calmer. J'ai l'impression que mes mains vont finir noyées au fond de mes poches tant elles sont humides. Mes genoux tremblent, je rêve pas! Bon Sang, mais faut que je me calme!
Je sors le CD lorsque l'on parvient devant Gustav. Il me sourit gentiment et me salut. Je lui répond d'une toute petite voix. Il me demande pour qui doit-il adresser son message et je lui répond par mon prénom. Il gribouille quelques mots et me remercie. Je fais de même toujours d'une voix inaudible. Je passe à Georg.
-Bon Dieu, j'arrive pas à te relire Gustav, lance-t-il à son ami, tenant le CD à bout de bras. Excuse-le. Comment tu t'appelle, me demande-t-il?
-Samuel, je souffle, reprenant un peu conscience.
De sang froid Sam, du sang froid! Je le remercie pour ses quelques mots et avance maintenant vers lui, Tom. Il me fait un grand sourire.
-Non! Un mec, s'exclame-t-il!!! Bill t'as vu ça? C'est un garçon! J'y crois paaaas.
Il rit avant de prendre le CD en m'adressant un immense sourire.
-Alors, "Merci Sam pour avoir changer le cours de cette journée par une présence masculine. A bientôt, Tom K.". Ca te va?
-O-oui, je bégaies.
Il rit un peu et me rend l'album. Je passe au chanteur. Il regarde avec désespoir et pourtant un léger sourire son frère.
-Fais pas trop attention. Je crois qu'il a reçu un coup sur la tête.
-Ah non, non, réplique le dreadé. Tout va bien, je me suis pas cogné aujourd'hui!
-A la naissance, je voulais dire. Bref, "merci Sam pour ton soutien. En espérant te garder parmi nos fans, Bill K". Merci beaucoup d'être toujours là.
"Toujours" là? Est-ce qu'il m'a... reconnu? Je souris comme un con, fier que ma tête l'ai marqué. Il me sourit en retour et me dit "à la prochaine". J'en profite pour sortir le papier chiffonné de ma poche et pour le déposer sur la table comme si de rien était, avant de partir presque en courant à l'extérieur en serrant l'album contre mon c½ur. Je pousse un cri de joie, faisant sursauter de nombreux passant. Cinq heures d'attente pour cinq minutes de bonheur. Mais ça en valait la peine. Lucie m'arrive en courant dessus.
-J'ai eu mon bisouuuuuu, me hurle-t-elle à l'oreille, comme à son habitude!
Je la félicite en la serrant fort contre moi.
-Il a les joues toutes douces, gagatise-t-elle.
-Ils ont un sourire de malade, dis-je sur le même ton.
-Tu l'as fait?
-Oui.
Ce que je devais faire était simple. Déposer un papier sur la table de manière à ce que le groupe le trouve. Mais ce qu'il contenait m'en dissuadait. Mais bon, un gage est un gage. J'ai respecté le jeu. Et maintenant, le groupe Tokio Hotel ou au moins l'un des membres est en possession de mon numéro de téléphone.
Et voilà le deuxième chapitre. Le déclencheur d'évènements ce numéro de téléphone? Peut-être, nous verrons bien. Je vous embrasse les gens!